Surmonter les obstacles de la santé mentale

La santé mentale, autrefois reléguée au silence, trouve enfin sa place dans nos conversations. Et c’est une avancée essentielle pour notre société. Peu à peu, les tabous s’effacent pour laisser place à la curiosité, parfois maladroite, mais aussi à une sensibilisation empreinte d’empathie. Pourtant, les jugements demeurent, souvent ancrés dans nos perceptions héritées. Ce que nous ne comprenons pas nous paraît souvent étrange, voire menaçant, et cette peur instinctive nourrit des réactions de rejet. Inspirons nous des mots de Maya Angelou : « Faites du mieux que vous pouvez jusqu’à ce que vous sachiez mieux. Alors, quand vous saurez mieux, faites mieux. »

Les racines invisibles de nos fragilités

Les défis de la santé mentale ne naissent pas de nulle part. Ils sont souvent le résultat d’une combinaison complexe de facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et culturels. Une prédisposition génétique ou des déséquilibres chimiques peuvent jouer un rôle, mais ils sont souvent exacerbés par des traumatismes, un isolement social ou des attentes irréalistes. L’hyper-connexion actuelle amplifie ces pressions et freine l’accès à l’aide nécessaire.

Comme l’explique l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : « Tout au long de notre vie, de multiples déterminants individuels, sociaux et structurels peuvent se combiner pour protéger ou compromettre notre santé mentale. » Si nous acceptons que ces facteurs sont interconnectés, nous pouvons mieux comprendre pourquoi certains basculent, et d’autres non.

Pourtant, ce chemin vers la compréhension est loin d’être linéaire. Nos croyances, souvent héritées de nos familles et de notre environnement,  jouent un rôle prépondérant. J’ai grandi dans un contexte où la vigilance et l’autosuffisance étaient valorisées. Travailler dur, réussir, « être fort » : voilà ce qu’on m’a enseigné. Mais comme l’a dit Brené Brown :

 « Ce qui fait notre vulnérabilité fait aussi notre force. »

Il m’a fallu des années pour comprendre cette vérité.

Grandir c’est apprendre de ses modèles

L’environnement de mon enfance a joué un rôle déterminant dans la construction de mes croyances. J’ai grandi avec des modèles bien intentionnés, mais marqués par une certaine vigilance face monde extérieur : méfiance envers ceux qui étaient différents, les « riches »,les «gens de la ville», les « étrangers », ou encore ceux qui vivaient autrement. Il y a aussi ces propositions de découvertes, avec une personne de confiance, qui nous invitent beaucoup trop tôt dans le monde intime des grands, une influence qui a laissé ses traces. Puis. une autre croyance dominante, soit l’importance du travail acharné, perçu comme une clé absolue de réussite et de reconnaissance sociale. Avec le recul, je comprends que ce paradigme rigide peut être, comme le disait Sartre, illustrant que nos croyances, nos jugements et les paradigmes que nous projetons sur nous-mêmes ou sur les autres peuvent créer une prison mentale : « L’enfer, c’est les autres. »

Finalement, j’ai décidé de m’éloigner du chemin tout tracé qui m’attendait : celui de suivre les traces de l’artiste et du travailleur manuel qui m’inspiraient tant. J’ai choisi un parcours inattendu en m’expatriant à l’autre bout de la province pour entrer dans le monde universitaire. Étudier à l’université représentait pour moi un véritable saut dans l’inconnu : une quête constante de légitimité dans un univers où je me sentais étranger. Malgré tous mes efforts, je restais souvent seul, incompris aussi bien par mes proches que par mes collègues. Sans le réaliser pleinement, je m’isolais dans un espace où, comme l’a si bien exprimé Robin Williams : 

 « Le pire dans la vie, ce n’est pas de finir seul, mais d’être entouré de gens qui vous font vous sentir seul. »

Quoi de plus déstabilisant qu’être un esprit « pratico-pratique » dans un monde d’intellectuels ? Et qu’être perçu comme un pseudo-intellectuel critique dans un univers qui, lui, est en paix avec ses croyances et ses façons de vivre ?

L’illusion de la force : Quand tout est instable

En 1995, j’ai atteint un point de rupture. À cette époque, je portais un fardeau énorme : des responsabilités professionnelles intenses, des rénovations importantes, et une profonde solitude intérieure, malgré la présence des autres. Mon seul moyen d’avancer ? Travailler encore plus, en repoussant mes limites. Il ne me restait ni argent, ni énergie, mais j’étais convaincu que demander de l’aide serait une humiliation. Cette pensée rigide, héritée d’une société qui valorise l’autosuffisance à outrance, m’a conduit droit dans le mur. Je me suis muni de quelques ressources pour me maintenir, j’étais tenace, je ne pouvait pas casser.

En 1997, mon corps a lâché. Pendant un moment qui m’a paru une éternité, tout est devenu noir. Les conversations autour de moi n’étaient plus que du bruit. J’ai compris ce jour-là que je ne pouvais plus tout porter seul. Comme le disait l’écrivain Andrew Solomon : « L’opposé de la dépression n’est pas le bonheur, mais la vitalité. » Ce fut un moment crucial pour commencer à me reconstruire. C’était mon premier burnout, le seul où je me suis arrêté avant de m’y remettre

Reconstruire : Accepter, faillir à nouveau, déconstruire et se redéfinir

Ce point de rupture n’a pas tout changé. J’ai continué à lutter, à essayer de combler les attentes des autres, tout en négligeant mes propres besoins. Mais petit à petit, des failles ont émergé dans mon armure. Ces failles m’ont forcé à questionner mes croyances et à revoir mes priorités. Être un bon père, un partenaire fiable et un individu équilibré exigeait une remise en question profonde.Je me suis accroché à l’idée qu’il était possible de reconstruire quelque chose de nouveau, en abandonnant les modèles obsolètes qui m’avaient été transmis. Puis, j’ai de nouveau flanché.

2001, maintenant père de quatre merveilleux enfants, je n’avait pas appris à ralentir,  j’ai consulté des professionnels, accepté la médication pour gérer mon anxiété, et entrepris un travail constant sur moi-même.

Ce processus m’a rappelé que demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, mais une preuve de courage. Comme le résume Michelle Obama : « On ne peut pas faire tout parfaitement, mais on peut tout faire avec amour. » C’est ce que j’ai tenté de faire. Je n’avais pas de modèle sur lequel me baser, que des modèles à déconstruire. Comment reconstruire mon couple, être pleinement présent pour mes enfants et les soutenir dans leur évolution. Comment laisser le travail aux portes de l’usine pour mettre ce chapeau de papa bienveillant à la maison.

Puis un jour, elle m’a réveillé du haut de ses 7 ans. Face à mon manque de patience, je lui ai dit que ça fais trois fois que je lui dis la même chose, puis cette petite de me répondre : «Papa, ça ne peux pas faire trois fois que tu me le dit, je ne t’ai pas vu depuis hier soir. » Aujourd’hui, je ne peux que dire merci a cette petite fille et à son courage. Je me suis déconstruit!

Un parcours vers l’équilibre parsemé de rechute et de souffrance

À partir de ce moment précis, j’ai entrepris des changement dans ma vie, j’ai commencé à équilibrer les différences sphères de ma vie, redonné davantage de place à mon couple, à mes enfants, à mon social et à ma spiritualité particulière ancrée dans la philosophie et hors des religions. J’ai tenté de me préserver, je suis allé me chercher des outils afin de déboulonné croyances après croyances pour me donner plus de liberté. Bref, j’ai fait ce qu’il faut pour devenir une meilleure personne pour les autres, un père aux horizons plus étendues, un amoureux décent, un ami de confiance, un homme respectable et un compagnon de marche pour le délinquant et le Rebel que je suis à l’intérieur.

Mais une autre épreuve m’attendait en 2010. J’ai faillit dans l’espoir de raviver mon couple et la famille s’est vue malgré elle séparée. Deux ans plus tard, j’ai accepté de faire une faillite personnelle malgré la honte que j’allais porter. J’ai accepté de laisser ma maison, gage de ma notoriété. J’ai vu partir mon automobile, qui faisait de moi un homme digne de ce nom. J’ai du cacher ma situation afin de me refaire une vie, j’ai menti sur la vérité pour préserver ceux que j’aime et me montrer fort. Puis, j’ai continuer d’allumer chaque soir la lumière du phare qui servait de repère aux miens en pleurant, en repassant dans ma tête ces mauvais choix, l’accumulation de déceptions et l’échec de mes efforts.

« La chute est inévitable, mais il est essentiel de se relever. Ce n’est qu’en touchant le fond que l’on peut trouver la solidité nécessaire pour rebondir. » J.K. Rowling

Les doutes ont pris racine, le désespoir, les idées noires et des presque tentatives. Je me suis écroulé à nouveau. Je n’avais plus de réponse. Mon monde s’était écroulé comme un château de carte. Je n’avais pas le droit de me plaindre car la vie tout entière de mes enfants venait aussi d’être secouée par le plus géant des tsunamis. Je ne pouvais pas m’arrêter, je devais continuer, me battre contre mes démons et reprendre goût en la vie.

Aujourd’hui : Un certain équilibre fragile persiste, mais vivant je suis

Je ne prétends pas avoir tout résolu. Ma vie n’est pas parfaite, mais elle est pleine de sens. Depuis 2010, j’ai appris à équilibrer mes priorités. J’ai donné davantage de place à ma famille, à mes amitiés et à mes principes de vie, et j’ai déconstruit de nombreuses croyances limitantes. Je reste un éternel apprenant, tâchant chaque jour d’être un père présent, un ami plus fiable, et un compagnon de marche plus attentif.

Je ne me connaissais pas cette résilience, je ne savais même pas que ce mot existait. Pourtant, la vie m’a enseigné que la résilience n’est pas une destination : c’est un chemin, souvent sinueux, mais porteur d’espoir. Comme l’a si bien dit Elizabeth Edwards : « La résilience, c’est accepter votre nouvelle réalité, même si elle est moins bonne que celle que vous aviez avant. » Ces mots résonnent profondément en moi.

Au fil des années, j’ai appris à solidifier les bases de ma vie et à me concentrer sur la réalisation de mes rêves. Aujourd’hui, je suis fier des étapes franchies : obtenir une maîtrise en éducation, présenter des résultats de thèse en Europe, voyager dans des endroits extraordinaires qui m’ont inspiré, travailler à l’étranger et relever des défis ambitieux. Ces dernières années, j’ai confondu les sceptiques en menant des projets de restructuration de systèmes qualité durables, souvent dans des délais records. Ces expériences m’ont conduit à fonder ma propre organisation de formation et de coaching, atteignant la rentabilité en moins de 18 mois. Cela n’a pas été facile, mais, comme le disait Victor Frankl : 

« Ce n’est pas la liberté extérieure que nous cherchons, mais la liberté intérieure. »

Je reste profondément investi dans mon désir d’aider les autres, mais surtout de soutenir mes enfants dans leurs aspirations et dans le développement de leurs compétences. Je me heurte encore à mes propres limites : comment leur montrer tout l’amour que je ressens sans m’immiscer dans leur vie ? Comment respecter leur rythme tout en les accompagnant ? Bref, j’essaie simplement d’être un bon père, selon les paramètres que je connais. Et aujourd’hui, j’apprends à devenir un bon grand-père – un rôle qui, bien que nouveau, m’offre une immense joie.

Enfin, j’ai la chance d’avoir une compagne exceptionnelle à mes côtés, qui m’aide à avancer et à apprendre. Je peux marcher seul pendant longtemps, mais j’ai besoin d’elle, tout comme elle a peut-être besoin de moi. Nous avons tous, quelque part, ce phare qui éclaire l’égaré en nous.

« Seuls, nous pouvons faire si peu ; ensemble, nous pouvons faire tellement. » Helen Keller

Croyez en vous : Osez le changement et acceptez le soutien

Si je partage cette histoire, c’est pour rappeler que nous avons tous en nous la capacité de changer. Il est essentiel d’avoir recours à de l’aide extérieur afin de comprendre les particularité de nos processus intérieurs, d’y inclure un peu de chimie pour stabiliser les pressions et les débalancements. La santé mentale ne se limite pas à « aller bien » ou à « aller mal ». Elle est un spectre, en constante évolution. Alors, à ceux qui traversent des tempêtes : sachez que vous n’êtes pas seuls. Parlez. Écoutez. Osez demander de l’aide. Et surtout, accordez-vous la même compassion que vous offrez aux autres.

Pour conclure, je m’inspire des mots de Victor Frankl, un survivant de l’Holocauste et psychologue :

« Tout peut être pris à un homme, sauf une chose : la dernière des libertés humaines – choisir son attitude face aux circonstances, choisir son propre chemin. »

Je vous invite, à votre tour, à choisir votre chemin. Il ne sera pas parfait, mais il sera le vôtre. Croyez en vous et soyez maître de vos pas.

Une réponse à “Surmonter les obstacles de la santé mentale”

  1. Avatar de quicksallkamoni

    excellent! Reports Detail [Cultural Exchange Programs] and Their Significance 2025 thrilling

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