Étant confortablement assis dans la salle d’attente d’une entreprise, je regarde entrer les cadres l’un derrière l’autre. Certains sourient, d’autres semblent concentrés et sont possiblement déjà dans la troisième rencontre de leur journée. Il n’est pas rare d’entrer dans une réunion d’équipe ou dans une discussion « un à un », d’amorcer la tournée de ses employés ou simplement d’amorcer sa journée et de ne pas être à son plein potentiel. Bref, être ailleurs sans le vouloir ou être préoccupé par autres choses que le sujet du moment. Est-ce que vous avez déjà eu cette impression ? Quel effet ont eu ces émotions qui vous habitaient, à ce moment précis, sur la qualité de votre écoute, la qualité de votre attention ainsi que la qualité et la pertinence de votre communication ?
Nous sous-estimons l’état personnel dans lequel nous sommes disposés en amorçant une tâche et plus encore une tâche pour laquelle nous avons besoin d’attention, d’analyse, d’écoute, d’empathie, de clarté d’esprit ou encore d’ouverture, pour ne nommer que celles-ci. Ces qualités sont primordiales dans un échange constructif et ouvrent vers une conscience accrue de ce qui se présente à nous. En contrepartie, entrer dans une conversation ou rencontrer des gens en étant dans un état de tristesse, de colère, de peurs ou d’euphorie ne vous permet possiblement pas d’être dans une disposition de plein accueil et de discernement face à ce qui se présente à vous.
Bien que cet état d’esprit, si accaparant soit-il, est relié à des évènements passés ou à des évènements à venir. Vous ne pouvez possiblement pas avoir un impact sur l’une ou l’autre des situations en ce moment même. Si la réponse est positive à cette question, veuillez déplacer une rencontre immédiatement afin de régler ce qui vous tourmente et ainsi vous offrir la possibilité d’être présent de corps et d’esprit pour la suite de votre journée. La qualité de la présence est à la base même de l’Intelligence émotionnelle (IE). Connaitre ses propres états émotionnels, savoir reconnaitre ses ressentis et leurs impacts et être conscient de ces dernières sont à la base du principe de conscience de soi (Daniel Goleman 1997). Avant même d’entrer en maitrise de ses émotions, il sera requis de prendre connaissance de leur présence.
Je vous propose donc un outil pouvant être utilisé à tous moments, un outil vous permettant de faire un arrêt sur image pour quelques secondes entre deux rencontres, entre deux situations demandant votre pleine attention. Cet outil me fut enseigné il y a plusieurs années et m’est encore très utile, alors je vous le partage. Être PRÊT à entrer en action demande un certain alignement émotionnel. Ces quatre lettres, PRÊT, composent l’acronyme de cette méthode.
Avant d’entrer dans une rencontre ou dans une discussion demandant votre pleine lucidité, posez-vous ces quatre questions :
- P : Ai-je des peurs ou des craintes qui font que mes pensées pourraient être ailleurs?
- R : Ai-je de la rage, de la colère reliée ou non reliée à cette rencontre pour laquelle mon esprit est retenu ailleurs?
- E : Ai-je un enthousiasme ou une joie forte qui m’amène dans des pensées ou dans une présence non adaptée?
- T : Ai-je une tristesse ou des peines qui minent mon discernement et ma présence à l’autre?
Prendre conscience de son état actuel permet de reconnaitre la présence de ses émotions et ainsi agir inconsciemment sur celles-ci. Soit ces émotions seront relâchées en étant reconnues, soit elles seront mises en vigie afin de limiter les interférences lors de la discussion, soit elles permettront une présence plus authentique dans la communication. Ces états de préoccupation ou de stress créent une forme d’instabilité dans le mécanisme de la compréhension de la mémoire, de l’analyse ou de la différenciation (Moncef Guitouni (1993). L’individu, dans une posture de préoccupation, ne capte que des parcelles des informations qui lui sont proposées sans en saisir la globalité. Alors, dans une telle disposition, quel peut être la qualité de la communication que vous aurez avec l’autre?
Une pleine présence à soi permet une ouverture dans l’accueil de ce qui se présente à vous et change en partie les perceptions que vous en aurez. Se permettre de s’arrêter et d’identifier les éléments perturbateurs nous offre une lucidité accrue face aux éléments d’informations qui s’offrent à nous (verbal, non verbal, sensoriel, etc.) puis nous amènent dans une discussion plus constructive, des questions plus pertinentes, une collaboration compréhensive plutôt qu’un combat d’émotions n’appartenant ni à l’un ni à l’autre.
Quelle est la posture que vous préférez utiliser en rencontre : la conscience de ce qui se passe en moi ou être influencé par les préoccupations externes?


Laisser un commentaire